Abidjan et ses scénarios de fin… d’années

Dans 16 jours les électeurs ivoiriens seront en route pour les urnes dans leur localité et quartier préférés pour « voter » leur candidat aux élections législatives. Les sénatoriales et la gérontocratie du conseiller spécial du Président Ouattara attendront.
Ce sera donc « Fromage ou Dessert » comme disent les blancs, ou fromage « blanc » pour tout le monde, la Cour africaine des droits de l’Homme ayant déclaré illégale la Commission Electorale ivoirienne…allons-nous revoter ? Où est passé le Sénat ? Tout ceci pose débat après le ridicule de la situation « complesse ». Yako !

250 députés sont à élire avec une certitude ; il n’y aura jamais eu autant de candidatures « indépendantes » (sans affiliation directe à un parti politique). Sur un total de 1153 candidats, le RHDP ne présentera que 199 candidats, alors que le FPI tendance « AFI » mettra en ordre de bataille 148 candidats, dont un à Ferké face au Président sortant de l’Assemblée nationale, (dont on fait dire, qu’il est privé d’avion présidentiel. Déjà. Il est vrai que le protocole ne fonctionne que pour l’Exécutif.
Le RDR-PDCI avance tant bien que mal). Le RDR truste la région du Nord et Abidjan, Cocody et le quartier du Plateau en tête.

legislative806 candidats des « petits partis » et d’indépendants bouclant la boucle.
L’Ouest du pays sera scruté avec attention avec le récent « débarquement » de deux Ministres ex-RHDP qui viennent grossir le rang des députés « solistes » accordant plus d’intérêt à leur région qu’à une alliance appartenant au passé. Les législatives ne sont plus le test que l’on annonçait. Elles seront la sanction nette et froide d’un échec politique majeur et de grossières erreurs de communication gouvernementale.
Pas une surprise en soit, l’erreur de trop. Un parfum de 1999, du déjà vu, senti, annoncé.

Le corps électoral est composé d’un peu plus de 6,5 millions d’électeurs, et se déplace, selon qui compte, plus ou moins en masse. Les pourcentages finalement sont bien peu de choses au pays où « tout se sait et puis ça fait quoi ».
7%, 19%, 22,5%, 46,46% et puis y’a quoi ?

On entend parler de sacrifice ci et là, soyez attentif aux carrefours quand vous circulez. Dans la région de Man on préfère les chevaux et les bœufs.

Alors que la Côte d’Ivoire vient de voter sa nouvelle constitution, écrite à huit mains, les préoccupations reposent davantage sur le nom des futurs Vice-Président et du Premier Ministre que sur celui du futur patron des honorables. Au passage, et l’on imagine que le camp Gbagbo (tendance Gbagbo), en rit encore. On gomme un peu plus les socles de l’Houphouetisme, en officialisant le droit du sol, soufflant encore un peu plus sur les braises encore chaudes du foncier et de clivages endogènes. Touba, Duekoue, Yamoussokro, le virus social se propage, les frustrations conflictuelles rejaillissent, les armes, encore présentes, ressortent, on reste silencieux et on attend.
La concurrence des « Frères » Ministres de la sécurité et de la défense se voit en plein jour, à défaut de se sentir à couvert. Au sein du RDR, la bataille fait rage. Si le gouvernement tout entier a été invité à se dédoubler pour être électif aux législatives, du jamais vu, trois hypothèses prévalent sur le futur trium virat :
– Vice-Président ; Ahmadou Gon Coulibaly, (AGC), Premier Ministre Thierry Tanoh, Président de l’Assemblée Nationale ; Konan Duncan
– Vice-Président ; Konan Duncan, Super Premier Ministre ; AGC, Président de l’Assemblée nationale ; Hamed Bakayoko
– Vice-Président ; Guillaume Soro (avec le soutien d’Henry Konan Bédié), Super Premier Ministre ; AGC, Président de l’Assemblée Nationale ; Konan Duncan

Pour gagner votre place en finale ; tapez 1, pour donner votre tiercé gagnant, glissez trois noms dans les commentaires de cet article, pour continuez à vous en moquer ; continuez à vous en moquer.

Il faut dire qu’en matière de gouvernance nous n’en sommes pas à une exception près. Après un énième scandale, celui de la Francophonie, et un Gouverneur de District nommé ministre intérimaire, on débarque le ministre des affaires étrangères et de l’habitat, pour des raisons de mésentente sur les candidatures aux législatives. Ben voyons. Oh hey ? Y’a du monde ici, on vous voit hein, vous êtes sûr que ça nous intéresse ce spectacle de petit niveau ? Vous êtes sûr qu’on s’intéresse encore à vous ? C’est quel épisode déjà parce que là, il n’y a plus d’audience et on est déjà passé à autre chose depuis, donc ne vous fatiguez pas continuez à ridiculiser les institutions républicaines c’est pour cela qu’on paye nos impôts n’est-ce pas ? Les jeux de la Cacophonie ont belle et bien démarrés. A quelques mois on se demande si, les Ministres, tout comme les athlètes ne vont pas dormir dans des containers. Bon, bien gardé tout de même car le marché de la sécurité a déjà été attribué via le big Adams et son back favori, miam !

ECO-nomie

La devise nationale se poursuit dans la discipline et l’ordre dès lors que notre ECO-nomie est concernée. L’ECO-nomie en Côte d’Ivoire c’est la manière de développer notre génie des chiffres. On parle de croissance à deux chiffres, on créer les conditions de communiquer sur ces deux chiffres et on évite de donner accès à ceux qui démontre, disons une autre tendance et une autre lecture. Et comme on est plus fort et plus arrogant que la moyenne internationale et qu’on a embarqué avec nous des gens qui ont eux aussi des comptes à rendre, à la fin tout le monde est sur la même pirogue, donc il ne faut pas trop créer de mouvement sinon tout le monde coule. Comme l’humilité et la discrétion sont nos deux qualités principales, on va donner des leçons à ceux qui, sous couvert des vrais chiffres, ont encore la patience de nos errements et divagations, car comme chacun sait, un chiffre reste un chiffre.
En l’absence de garantie suffisante, on brade nos biens immobiliers pour servir de caution, et on continue à parler au nom des chiffres.

C’est notre comme ça, notre ECO-nomie. la corruption avec l’argent des institutions pour mieux créer de la dette pour rembourser l’argent prêté mais affecté à d’autres dépenses et destinations comptables. On parle tout de même d’un manque à gagner (hors circuits habituels de la vie quotidienne et de l’administration) de 2000 milliards. Mais cela doit être une vue de l’esprit. Car dans l’ECO-nomie on a vite fait de se perdre avec les chiffres.

C’est la Nomie de l’Eco, c’est l’Echo des Nomies. Il nous faut bien 6 ministres dans nos deux étages gouvernementaux, la Présidence et le gouvernement « vrai-vrai », pour s’y retrouver. Heureusement, on est sauvé. Et avec plus de 8% de croissance de ce budget et bien forcément les appétits deviennent difficiles à combler, les familles sont nombreuses, notre dévouement social sans limites et puis la croissance de la Nomie est là ! C’est ça. Nous sommes un tel champion de la croissance que nous en oublions notre PND…en panne…d’inspiration et de financement. Où sont les promesses de financement public et qu’en est-il du financement privé ? 30 000 milliards c’est ça ?
Heureusement, le « coup du Pont » est de retour. Deux pour le prix d’un !
En attendant de savoir qui du Pont de Bingerville ou de l’île Boulay sera le 4ème Pont, les travaux du Pont Houphouët (celui relayant le Plateau au Port) et le carrefour Solibra (près de votre marque de bière préférée après « l’allée des mendiants » que la Loi se faisait fort d’interdire) commenceront….en même temps ! Mais que l’on soit rassuré. Si on descend de l’autre côté des Ponts, la technique japonaise est formidable ; on aura un échangeur suspendu qui ne créera aucun embouteillage. Affaire de ballon, on aime ça.

Notre modèle économique est tel que la crise mondiale glisse sur nous. Nos voisins qui présentent une géographie budgétaire proche de la notre, décrochent, mais nous sommes des cas à part sur notre Ilot économique. Oui mais voilà, avec toute ces performances, nos dirigeants ont un problème : pourquoi les caisses sont-elles vides ?
L’agitation fait donc son apparition, gel du budget de 30%, et services commando en action : douanes, impôts, la machine s’emballe tirant un peu plus sur la corde d’une micro-économie exsangue (la MICROECO-nomie est la nièce de l’ECO-nomie, elle est assez timide et vit en général dans son coin, débordé de travail et courant après l’argent que l’ECO-nomie et ses représentants lui doivent, on l’appelle aussi « Economie réelle de la vraie vie qui crée des emplois (et de la richesses) et passe au travers de toutes les crises ».

Non, Monsieur le Président. Non messieurs les ministres des économies. Nous ne finiront pas l’année à 8,4% de croissance. Et oui vous avez un problème en reconduisant un budget 2017 à 8,9% soit environ 6500 milliards de francs CFA.

Comment pouvons-nous avoir des caisses vides, une économie illusoire et une telle pression sur l’emploi au Royaume de l’Emergence ? La structure du PIB inquiète finalement, en cette période de crise mondiale à forte dépendance asiatique et pétrolifère, et même si notre modèle diffère et dépend des services et du secteur primaire, l’Agriculture en tête, là aussi, les mauvaises nouvelles et les chimères se succèdent. Les levées de fonds se font rares, et ne font que retarder l’échéance, les infrastructures reposant sur des cycles longs, les charges de la dette se cumulent et se succèdent. Encore peut visible, mais tout de même près de 50% du PIB…en 5 ans !

Le secteur agricole et les trois « vaches à lait » inquiète. Le cacao où l’on retarde une échéance catastrophique, l’hévéa et l’huile et leur dépendance aux courx, l’anacarde et le détournement de la filière. Combien de temps avant de compenser par des emplois durables dans les services, l’industrie et le commerce et jusqu’où la pression fiscale pourra se faire, quand un secteur formel paie pour un secteur informel ?
Y auraient-t-ils deux poids deux mesures ? Où sont les inspirations et visions économiques ? Avec 70% de la population ayant moins de 35 ans, la classe politique est-elle au fait des réalités d’aujourd’hui ? Si l’emploi continue à s’écrouler, les cycles sociaux et économiques vont s’emballer et ce ne sont pas les agitations digitales décousues de deux ministres dédiés à la communication de l’emploi et de l’entrepreneuriat qui vont entretenir l’illusion plus longtemps. Ça ne tiendra pas. La conscience se répète.

Bruit de bottes

A quelle aspiration, quelle ambition, quelle forme répond donc ce gouvernement qui sera remanié au lendemain des élections législatives, certainement durant les fêtes ?
Les Bailleurs ne s’y trompent pas, voyant clair dans l’affaire.
L’addition atteint un niveau jamais atteint. On va jusqu’à faire plaisir à l’Ambassadeur de France pour réaliser une dernière remise de médaille et montrer, subtilement, la préférence en matière de gestion de sécurité sur le territoire national ivoirien : la défense bien sûr ! Peu importe l’implication réelle, peu importe la récupération, peu importe les plus de nombreux morts que l’on tait et les vraies raisons de cette attaque de quatre inconnus (voire six) devenus « Terroristes ». On décore.

Mais heureusement, l’embargo est « tombé », nous pouvons donc procéder à une nouvelle armée et repasser commande pour nous rééquiper et changer nos habits à …
32 milliards. Les mauvaises langues diront que les « néocons » qui entourent le régime, ont persuadé le « grand Patron » de fabriquer cette situation sécuritaire pour mieux se réarmer et équilibrer les forces en présence. L’histoire se répètera-t’elle dans un pays qui prône la paix économique mais se comporte comme un Etat en guerre et en situation d’alerte maximale ? L’ancien conseiller de l’ancien Président du Burkina Faso, qui se reconvertit dans le tourisme résidentiel à Assinie et Grand Bassam, serait à la manœuvre. Les armes circulent, sortant de leur cachette, descendant en ville.
Mais alors nous n’aurions pas maitrisé cette situation sécuritaire ?

Après une errance constaté dans le leadership du pouvoir depuis 6 mois et le laisser-aller général, il semble que le Président de la République ivoirienne ait quelque peu resserrer les rangs, créant des clans au RDV. Les plus jeunes voyant d’un mauvais œil la mise sur Orbite d’AGC. Le Président Ouattara est donc allé convaincre l’Elysée que la Côte d’Ivoire resterait dans le traité de Rome et ne suivrait pas la tendance décidée par plusieurs pays africains lors du dernier sommet de l’Union africaine. C’était aussi, entre deux tours de Primaires chez « Les Républicains » dont le Président est un double EX-Président désormais, un moyen de s’assurer des derniers détails de la passation…Qui sera le prochain Président de la République française ? François Hollande s’étant écarté lui-même des prochaines échéances de 2017.

Pour les USA, guère de doute possible. Ce qui fait dire aux détracteurs de l’ancien Président de l’Assemblée nationale, que même en l’absence d’Hillary Clinton à la Maison Blanche, l’épée de Damoclès perdure, même si le député de Ferké nous réserve forcément une surprise, ayant plusieurs coups d’avance, comme à son habitude. Sera-t’il à la tête d’un groupe parlementaire conséquent, faisant de lui la troisième puissance politique du Pays hors appareils historiques ? « Chap Chap, attendez un pé soloman ».

Il semble cependant que les esprits s’échauffent.
En témoigne les échauffourées qui ont eu lieu sur le Tarmac de l’Aéroport d’Abidjan, lorsque le Président de l’Assemblée nationale en titre, se présente pour prendre un des Gruman pour « aller se faire soigner » au Royaume du Maroc. Confrontation entre la garde de Guillaume SORO (on parle de 300 personnes) et les éléments de sécurité semblant répondre aux instructions d’Hamed Bakayoko. Le Roi du Maroc, ayant tranché en envoyant son avion avec un émissaire de haut rang. Double KO, honte nationale.
D’autant que les raisons médicales devraient à nouveau dépasser tout ce petit monde.

Les dossiers CPI se suivent et se ressemblent, la thèse de la précipitation semble se confirmer, présumés coupables peut-être, juridiquement reconnus, l’avenir le dira.
Une amnistie générale sur fond de réconciliation ratée, au moment où la Tunisie débute ses auditions publiques à la télévision nationale ? La troisième République de Côte d’Ivoire fait écho à son indépendance, une fin de règne, que les caciques ou classiques (c’est selon) n’ont pas su analyser, une nouvelle forme d’offre politique est en train de naitre et la composition actuelle des partis s’en trouvera bouleversé.

Alors que l’Harmattan pointe à Bouaké, et s’apprête à descendre sur Abidjan, les écrans de fumées se mettent en place. Les pluies s’estompent. Les bruits courent.
Le flou et le doute s’installent. Et si ?

Le décor est en place. Les tee-shirts et casquettes vont arriver.
On va faire campagne pour « la voter » ou « le voter », on va boire, on va manger, sans programmes, sans projets, et puis on remettra ça pendant les fêtes de fin d’année.

La République de la Fête, les faits de la République.
La Saison 5 peut commencer.

Hyacinthe Kouamé

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