Ces divorcées du monde rural

En 1998, il y avait 52 083 cas de divorces prononcés par les tribunaux en Côte d’Ivoire (source). En 2010, maître N’Dah Venance, alors greffier au tribunal de Yopougon, expliquait que « environ 60% des candidats au divorce sont des jeunes couples dont l’âge varie entre 35 et 40 ans ». (Lu ici)

Si quelques chiffres trainent ça et là sur les divorces dans les tribunaux, il est rare, voire impossible d’en trouver sur les divorces en milieu rural. Parce que « le divorce revêt, pour la plupart des sociétés africaines, un caractère relativement discret », écrivent Thérèse Locoh et Marie-Paule Thiriat, dans un article scientifique publié en 1995 (Lire leur étude). « Le divorce se pose comme le déni d’un choix que les familles des époux ont généralement conclu à leurs avantages respectifs». Pourtant, jusqu’aujourd’hui, les plus grandes victimes de ces divorces en milieu rural restent les femmes. Même si les lignes sont en train de bouger. Légèrement.

Une vingtaine d’années plus tard, Rachelle Gbala ne se remet toujours pas de sa séparation d’avec son mari. Elle ne s’est plus remariée, marquée au vif par ce divorce. « C’est lui qui m’a chassée », se rappelle-t-elle. Cette cinquantenaire vit depuis lors à Tazibouo, un petit village à l’intérieur de la ville de Daloa (Centre-ouest). Si elle refuse de donner les raisons de son divorce, elle retient qu’elle est retournée vivre chez ses parents. Comme le veut la coutume.

En pays Bété (ethnie de la ville de Daloa), le divorce peut avoir plusieurs raisons. « Il peut être insufflé par l’impuissance sexuelle du conjoint. Ou encore quand l’homme veut imposer de force une co-épouse à sa femme. À ce moment la femme peut demander le divorce. D’un autre côté, il peut intervenir parce que l’épouse ne peut pas faire d’enfants », explique Meguhé Zéphirin. Il est le Chef du village de Tazibouo.

Dans l’un ou dans l’autre des cas, la suite est quasiment la même. La femme retourne chez ses parents. « La procédure de divorce est en général légère, puisqu’elle ne fait intervenir, sans litige concernant le remboursement de la compensation matrimoniale, que les intéressés eux-mêmes et leurs parents », écrivent les chercheuses Thérese Locoh et Marie-Paule Thiriat.

Ça, c’était avant !

Le Chef du village de Tazibouo dit régler de moins en moins de cas de divorce. Pour lui, la religion a joué un grand rôle et favorise le règlement des conflits sur la base des textes religieux. Et même, lorsqu’en fin de compte, il se retrouve à régler des conflits conjugaux, « tout est mis en œuvre pour ne pas aboutir au divorce. La diplomatie y a toute sa place ».

Des séquelles presqu’éternelles

De nombreuses années après son divorce, Rachelle Gbala vit toujours chez ses parents. Tout le travail qu’elle y a fait dans ses plantations est resté la propriété de son mari.

« Dans la coutume, les biens du couple appartiennent au mari. Sauf les enfants qui, en fin de compte, sont la richesse de la femme divorcée. Elle peut en avoir la garde », explique Meguhé Zéphirin, le Chef du village de Tazibouo.

Et pour Rachelle Gbala, c’est la raison pour laquelle elle s’est battue pendant de nombreuses années : ses deux enfants.

Pour cette femme, rien n’est perdu. C’est plutôt un bon investissement en temps et en énergie dont elle espère profiter. Sa fille a eu le BAC il y a 2 ans. Elle se prépare à entrer à la fonction publique. Une sorte de lueur d’espoir.

Israël Yoroba

Coll : Gervais Gueye

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