Ferkessédougou : Les Vacsin contre les grossesses en milieu scolaire

Les chiffres sont alarmants. 5 992 cas de grossesses enregistrés au cours de l’année scolaire 2014-2015 en Côte d’Ivoire. Le gouvernement ivoirien multiplie les actions, mais le mal est dominant. Au point de devenir l’une des principales causes de déscolarisation de la jeune fille. À Ferkessédougou (585 Km au nord d’Abidjan), de nombreuses élèves ne terminent pas leur second cycle à cause des grossesses qu’elles contractent très tôt.

Dans un passé récent, la bataille était la scolarisation de la jeune fille. C’est désormais chose faite. Les jeunes filles sont inscrites dans les écoles au même titre que les garçons. Le challenge est désormais de faire baisser le taux de grossesse dans les écoles. Une bataille dans laquelle s’est engagée, l’ONG Espoir Femme et Fille d’Afrique (ESFA).

Le lycée moderne de Ferkessédougou est devenu une sorte de laboratoire expérimental dans la lutte contre les grossesses en milieu scolaire. 8 ans d’activité. 8 ans de résultats frappants. L’ONG ESFA en a fait une affaire personnelle. Cette organisation (à l’origine basée à Abidjan) représentée dans la capitale du Tchologo, a pris à bras le corps le sujet de la jeune fille à l’école. Elisabeth Sidjani en est la représentante. 24 ans au service de l’enseignement, elle connait bien le sujet qui touche les écolières. « Depuis 2008, nous sommes engagés à faire changer les choses et donner ce qu’il y a de meilleur à la jeune fille pour assurer son avenir », indique la professeure de lettres modernes.

9 mois de… sensibilisation

Depuis 8 années, les années scolaires sont mises à la tâche par ESFA pour « faire de la jeune l’élite de demain ». Cela passe par de nombreuses activités menées au sein du lycée moderne de Ferkessédougou. « Nous avons des clubs que nous animons les mercredis. Et ce, pendant les 9 mois que dure l’année scolaire », explique Elisabeth Sidjani. Ces rencontres « entre filles » sont aussi l’occasion pour ces lycéennes d’apprendre « à bien se comporter en société ».

La prise en charge psychologique et pédagogique fait partie des actions de l’ONG. Romaine Tenidjegnon Ouattara est aujourd’hui titulaire du BTS. Mais, elle a encore en mémoire un souvenir du lycée. « J’étais une jeune fille brillante en classe de troisième. Malheureusement, j’ai échoué au BEPC et je n’ai pas été orientée en classe de seconde. Pire, j’ai été blâmée », raconte-t-elle. Romaine est effondrée. Elle est encadrée par le Club (organisée par l’ESFA). « J’ai repris ma classe de 3e l’année qui a suivi. J’ai obtenu mon diplôme et j’ai été orientée en classe de seconde », témoigne Romaine.

Le Vacsin pour faire baisser le taux de grossesse.

Après l’année scolaire, viennent les vacances. Les élèves ne sont plus à l’école et bien souvent livrées à elles-mêmes. « Nous continuons le suivi durant ces périodes de vacances pour éviter aux jeunes filles de contracter des grossesses ou le VIH », précise Elisabeth Sidjani. La représentante régionale de l’ESFA le sait : les grossesses qui apparaissent en cours d’année scolaire sont aussi contractées pendant les grandes vacances ou les vacances de Noël, de Pâques… Elle a donc imaginé un outil pour continuer la sensibilisation et l’encadrement des élèves : Vacsin. « Entendez, Vacances Saines et Instructives. C’est un centre aéré pour les jeunes filles », explique Elisabeth Sidjani. « Tout comme le vaccin dans le domaine médicale qu’on injecte pour prévenir des maladies, notre objectif est de prévenir les grossesses et les maladies sexuellement transmissibles. Pendant ces rencontres, nous aidons les jeunes filles à faire des choses de leurs doigts afin de se prendre en charge. La cuisine, la décoration, la musique… », renchérie-t-elle.

Un programme complet et alléchant que ne boudent pas les filles. Les activités ont tellement de succès que le lycée moderne de Ferké est devenu trop petit pour abriter plusieurs activités.

Quand manquent les moyens, grimpent les chiffres

De 2008 à 2014, le programme a eu du succès. « Le taux de grossesse en milieu scolaire a considérablement baissé pendant cette période », se souvient Elisabeth Sidjani. Mais, depuis 2 ans, les chiffres sont légèrement à la hausse. « Au cours de l’année scolaire 2014-2015 l’on a enregistré 23 cas de grossesse au lycée moderne sur une population de 6061 élèves dont 2 577 filles. Cette année (2015-2016, Ndlr), l’on comptabilise près de 21 cas », révèle Yssoufou Coulibaly, Censeur au lycée Moderne de Ferkessédougou

Les raisons ? L’ESFA est victime de son succès. « Le nombre d’adhérents s’est accru (…). Lors de nos premières réunions, nous étions autour de 500 élèves uniquement que pour le niveau 6ème. Aujourd’hui, nous n’avons pas de local pouvant accueillir tout ce monde», avoue la représentante de l’association. « Nous avons fonctionné avec nos propres moyens durant toutes ces années. Ce n’est pas facile », soupire la prof’ de Français.

Pourtant, rien ne l’ébranle. Pour les vacances 2016, l’ESFA se prépare pour une autre Vacsin. Mobiliser. Sensibiliser. Éduquer. Valoriser les jeunes filles. « Notre combat continue », affirme, déterminée, Elisabeth Sidjani.

Israël Yoroba & Yéo Wakori.

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