Gabon : le pays plongé dans la violence

Le quartier général de l’opposant Jean Ping pris d’assaut par la garde présidentielle dans la nuit de ce mercredi 31 août 2016.  Jean Ping annonce deux morts et plusieurs blessés. De son côté le gouvernement justifie son action par la présence sur les lieux des présumés auteurs de l’incendie de l’Assemblée Nationale survenu un peu plus tôt.

Quelques auparavant, le ministère de l’Intérieur a annoncé la victoire du chef de l’État sortant Ali Bongo Ondimba à la présidentielle. Le camp de son rival Jean Ping a aussitôt dénoncé une élection « volée ». Des heurts ont éclaté à Libreville et Port gentil. Paris et Bruxel  ont exigé la publication des résultats par bureau de vote.

Ping dresse un premier bilan

Un premier bilan de l’assaut, donné quelques heures après les violences ayant secoué la capitale à la suite de la proclamation des résultats donnant la victoire du président sortant Ali Bongo Ondimba.

«  Il y a deux morts et plusieurs blessés de source sûre », selon Jean Ping. Il a également accusé les forces de sécurité d’empêcher les services de secours de prendre en charge les blessés.

le leader de l’opposition, absent de son quartier général au moment de l’assaut, a démenti ces accusations affirmant qu’il n’y a  aucune arme au QG et a demandé une aide internationale. « Nous avons dit que le peuple gabonais est en danger il faut venir nous aider contre ce clan (Bongo) », a-t-il poursuivi, demandant à bénéficier des ambulances des services français militaires et civils dans le pays.  Ping  a ,aussi, précisé avoir été en contact avec l’ambassade de France. L’assaut, lancé en milieu de nuit, s’est poursuivi jusqu’au petit matin.

La chasse aux pyromanes

En début de soirée, c’est l’Assemblée nationale qui est partie en flammes. « Des manifestants en colère ont brûlé toutes les voitures autour, ensuite ils sont entrés à l’intérieur du bâtiment et ont mis le feu », a témoigné un partisan de Ping.

S’en est suivie une descente de la garde républicaine sur le quartier général de l’opposition dirigée par Jean Ping au motif que des pyromanes et des pillards y auraient trouvé refuge.

« La Garde républicaine a chargé le bâtiment abritant le QG de campagne de Jean Ping à la recherche de criminels responsable de l’incendie du siège de l’Assemblée nationale à Libreville.Des personnes armées qui ont incendié le siège de l’Assemblée nationale se sont repliées au QG de Jean Ping en même temps que des centaines de pilleurs et de casseurs », s’est justifié, Alain-Claude Bilie-By-Nze, le porte-parole du gouvernement.

Retour sur une journée électrique

Après plusieurs heures de suspense à la commission électorale nationale (Cénap), le ministère de l’Intérieur du Gabon a annoncé, mercredi 31 août, la réélection pour un deuxième septennat du président sortant Ali Bongo Ondimba face à son rival Jean Ping.

Un résultat officiel que l’opposition conteste. Plus tôt dans la journée, les représentants du candidat Jean Ping avaient claqué la porte de la Cénap, dénonçant le « vol de l’élection par Ali Bongo » et « une grossière mascarade ».

Peu après l’annonce du résultat, des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants criant « Ali doit partir » ont éclaté à Libreville, la capitale. Les premières ont fait usage de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes pour repousser les seconds qui voulaient s’approcher du siège de la Cénap.

Armée, forces de police anti-émeutes et gendarmes cagoulés ont bloqué la circulation sur la voie express, l’un des principaux axes de la capitale avec des camions lance-eau et des blindés légers. Malgré les lacrymogènes, des centaines de personnes ont  tenté tout de même de converger sur la voie express, parfois en brûlant des pneus. « Jean Ping président », « On nous a volé les élections », criaient les manifestants.

Des hélicoptères tournent  dans le ciel et des colonnes de fumée s’échappent de plusieurs quartiers populaires de la ville. « Qu’il quitte le pouvoir. Ce n’est pas une dynastie. Nous ne sommes pas dans un royaume », a hurlé un manifestant en visant Ali Bongo, fils du président Omar Bongo Ondimba, resté pendant 41 ans au pouvoir jusqu’à sa mort et l’élection de son fils en 2009.

Au centre de la crise…

Au centre de la crise, les résultats de l’une des neuf provinces du pays, le Haut-Ogooué, fief de l’ethnie Téké du président Bongo. D’après les procès-verbaux, le président sortant obtiendrait dans cette province 95,46 % des suffrages, avec une participation de 99,93 % pour 71 714 inscrits. Des scores que le camp Ping rejette.

Ces résultats permettraient ainsi au président sortant de remporter la victoire avec 49,80 % au niveau national, contre 48,23 % pour son rival, avec un taux de participation de 59,46 %, selon des documents provisoires. Ce qui représente une différence de 5 594 voix en faveur d’Ali Bongo sur 627 805 électeurs inscrits pour l’élection.

Paris et Bruxel demandent la publication des résultats bureau par bureau

« M. Jean Ping réaffirme vigoureusement, en accord avec l’Union européenne et les États-Unis, que le recomptage bureau par bureau devient le seul moyen de garantir désormais la loyauté du scrutin », ont indiqué dans un communiqué son chargé de communication au Gabon, Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, et son avocat à Paris, Me Éric Moutet.

De son côté, la France, ancienne puissance coloniale, s’est dit « préoccupée » par les conditions de l’annonce des résultats de l’élection présidentielle gabonaise. « La France demande aux acteurs gabonais d’inscrire leur action dans le cadre de la loi et de récuser toute forme d’intimidation ou de confrontation », a fait savoir le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, dans un communiqué. Réitérant son « souci de transparence », la France juge par ailleurs nécessaire la publication des résultats de l’ensemble des bureaux de vote.

Face aux craintes de troubles devant un tel résultat, les pressions s’étaient multipliées dans les heures qui ont précédé l’annonce de la réélection d’Ali Bongo. Par la voix de sa chef de la diplomatie, Fédérica Mogherini, l’Union européenne a ainsi demandé aux autorités gabonaises de « publier les résultats par bureau de vote , et non au niveau national, au nom d’une pleine transparence ».

Fait unique dans l’histoire politique du Gabon, le secrétaire général du Parti démocratique du Gabon (PDG), le parti au pouvoir depuis des décennies, avait pris ses distances avec le président. En effet, Faustin Boukoubi, numéro deux du parti derrière Ali Bongo, avait encouragé la commission « à prendre toutes les dispositions idoines afin de publier des résultats fondamentalement crédibles ».

Guy De Bagnon avec l’AFP.

 

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