Manifestations de l’opposition au Togo : le gouvernement joue l’apaisement

Après les rassemblements d’août qui ont fait au moins deux morts, le Conseil des ministres a validé le projet de loi de « modification constitutionnelle ».

Les partisans de nombreux partis d’opposition ont commencé à se regrouper, mercredi 6 septembre, dans dix villes à travers le Togo pour manifester et dénoncer la lenteur du gouvernement pour boucler son projet de réformes constitutionnelles.

« Le président a déploré les incidents graves survenus à Sokodé et à Lomé lors des manifestations du 19 août [qui ont fait au moins deux morts] et a appelé la population au calme, à la sérénité et à la modération », a affirmé un communiqué publié à la suite du Conseil des ministres, mardi soir, avant des marches de l’opposition qui s’annoncent de grande ampleur.

Le projet de loi de « modification constitutionnelle », enfin validé par le Conseil des ministres début septembre, concerne la « limitation des mandats et le mode de scrutin » à deux tours que l’opposition réclame depuis plus de dix ans au régime du président Faure Gnassingbé, qui a succédé il y a douze ans à son père, lui-même resté au pouvoir près de quarante ans.

« Nous avons constaté qu’il y avait une attente forte au sein de la population », a expliqué à l’AFP le ministre de la fonction publique, Gilbert Bawara. « La Commission de réflexion mise en place pour évaluer les attentes de la population », que l’opposition décriait comme une manière de gagner du temps, « n’a pas pu terminer son travail », a-t-il poursuivi, invitant les opposants au « dialogue et au débat ».

Toutefois, la limitation à deux mandats présidentiels ne se fera pas de manière rétroactive. « Il n’y a pas de raison législative de le faire, a soutenu le ministre. Mais nous avons besoin d’un consensus pour que cette réforme soit acceptée », soit les quatre cinquièmes des votes au Parlement.

« Une plaie trop béante »

Une grande partie de l’opposition togolaise (coalition de cinq partis Cap 2015, le Groupe des six et le Parti national panafricain, PNP) a décidé de s’unir mercredi pour de grandes marches à Lomé et en province.

Leurs revendications portent sur l’accélération des réformes constitutionnelles sur lesquelles le parti au pouvoir et le Parlement travaillent depuis des années, sans ne jamais aboutir à rien de concret. Malgré le pas en avant du gouvernement, qui a validé le projet de réforme, et de la présidence, l’appel à manifester dans dix villes du Togo a été maintenu.

« Unir [le parti présidentiel] demande le dialogue dès qu’il est acculé, regrette Tikpi Atchadam, leader du PNP et figure importante des manifestations. Le peuple est déterminé car il en a marre. Pour ma part, je ne crois plus au dialogue avec le régime », a-t-il confié à l’AFP, invitant le chef de l’Etat à « sortir par la grande porte ».

Les violences qui ont émaillé les manifestations d’août n’ont pas découragé les manifestants. Un homme qui se rendait à la marche mercredi matin, assurait, sous couvert d’anonymat, que « la plaie du Togo est trop béante » après cinquante années de pouvoir de la même famille.

Par ailleurs, l’Internet mobile a été coupé à Lomé peu avant le début de la marche, ont constaté des journalistes de l’AFP – bien que les réseaux Wi-Fi soient encore accessibles.

Le président Faure Gnassingbé a succédé à son père, le général Gnassingbé Eyadéma qui a dirigé sans partage le pays pendant trente-huit ans, lors de la présidentielle de 2005 avec l’appui de l’armée, ce qui avait entraîné de violentes manifestations et une féroce répression.

Il a été réélu en 2010 et en 2015 à la faveur de scrutins très contestés par l’opposition.

AFP

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