Nuit du Slam à Abidjan, les mots ont dansé

Arpège et riffs de guitare. Jeu de violon, et vibrante percussion. 22 Octobre 2016 à Abidjan, à cette seconde Nuit du Slam, les mots n’ont pas seulement rimé. Ils ont aussi dansé sur des rythmes et des styles tropicaux. Retour sur une soirée organisée par le collectif ivoirien Au Nom du Slam.

Institut Français d’Abidjan. 19h38. Les sièges rouges sont quasi invisibles dans cette salle devenue, soudain, toute sombre. Mais, la scène vient de s’illuminer et un duo de musiciens précède les slammeurs: un guitariste et un percussionniste. A peine quelques mesures d’une charmante mélodie et la pièce entière plonge, une fois de plus, dans le noir total.

Puis, une lampe tempête se balance au fond de la pièce, s’avance, mètre après mètre, vers la scène. Sa lueur se mêle à une voix dont l’écho se fait de plus en plus bruyant: « Et on vous offre le Slam, nos cahiers intimes, nos vies, vues de l’intérieur! ». C’est Bee Jo, le président du collectif Au Nom du Slam, qui vient d’entonner, comme un hymne solennel, le prologue de cette seconde Nuit du Slam à Abidjan.

Philo dans des circonvulsions lyriques - © Tchonté Silué

Circonvulsions lyriques de Philo – © Tchonté Silué

Deux heures durant, la dizaine de slammeurs enchaîne des performances mémorables. Quand Philo provoque des torrents d’applaudissements de la part d’un public subjugué par des mots parfois venus d’ailleurs, Lyne des mots, quant à elle, fait fondre ses auditeurs par une diction épique et un jeu scénique des plus impressionnants.

Destins flétris, amours contrits, questions sur la vie d’après mais surtout celle d’ici, le Collectif ne s’est pas donné de limites quant aux thèmes.

« Dans le langage des hommes, des mots comme pleurer, apeurer, trembler et même tuer, ne font pas juste que rimer. Ils sont, ensemble, le champ lexical d’un quotidien troublé. […] Le monde est devenu laid. Tellement laid que pour réussir à regarder la vie avec amour, il faudrait à chaque Homme un cœur de poète » – Lyne des mots

Chaque performeur, avec un savoir faire inouï, a donné à cette poésie urbaine une forme totalement hybride : à la fois tropicale et universelle. Ainsi, les rimes en Nouchi – argot typiquement ivoirien –  de Kapegik ont tutoyé le chant suave d’une flûte. Les vers de Lyne ont valsé avec le sifflement mélodieux d’un violon.

Kapégik, raconte son entrevue avec cupidon.

Kapégik raconte, en Nouchi, son entrevue avec cupidon – © Tchonté Silué

Cette 2ème édition de la Nuit du Slam en Côte d’Ivoire est restée fidèle à l’esprit originel du Slam. Né à Chicago dans les années ‘80 le Slam s’est donné pour but  de « rendre les lectures des poèmes à la fois moins élitistes et moins ennuyeuses ». Les membres du Collectif ont réalisé, en ce qui les concerne, un double exploit. Transmettre la poésie dans une forme joviale, tout en la peignant de couleurs locales.

Samuel GUÉBO

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